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« LES COUPS DE L’AMOUR » AU CINÉMA (2)

2e partie : Frapper par amour

Dans le cinéma des années 1930, il est fréquent que la femme aimée soit violentée par son compagnon. Elle est souvent menacée, insultée, méprisée, humiliée mais également battue suivant un schéma très stéréotypé selon lequel l’homme exprime ses émotions par la force physique. Or, tandis que le droit pénal réprime sans ambiguïté aucune les coups et blessures quelle que soit la situation qui les génère, la gifle -voire les coups plus appuyés- constituent au cinéma un phénomène a-juridique. C’est à peine un fait social. Le cinéma ne rend nullement compte de la condamnation légale mais tout au contraire fait « des coups » l’expression pulsionnelle du sentiment amoureux. La gifle au cinéma traduit soit la jalousie soit le désir naissant encore impossible à verbaliser. Par la magie de la narration cinématographique, peut-être aussi par la médiation de l’écran, ce geste perd sa nature délictuelle et se transforme, sur la toile, en simple procédé dramaturgique à savoir, une articulation du discours ou un artifice scénographique. C’est ainsi qu’au début du XXe siècle, dans les films où joue Gabin, la gifle à l’écran est banalisée mais elle est aussi malheureusement, et plus redoutablement, érotisée.

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 « LES COUPS DE L’AMOUR » AU CINÉMA

Aux sources de la culture visuelle de la violence conjugale

S’il est un domaine où amour, droit et cinéma se rejoignent, c’est le crime passionnel, une « incohérence sémantique » qui mêle étonnamment le sentiment et la criminalité, selon Gwenola Joly-Coz, première présidente de la cour d’appel de Poitiers,  et auquel le cinéma donne volontiers chair. En effet, on tue et on frappe, par amour, sur les écrans des salles obscures.

La question des représentations en général, et plus particulièrement celles portées par la littérature et le cinéma, a occupé le débat depuis que les violences à l’égard des femmes sont devenues un sujet de société. On s’est interrogé alors, afin de savoir s’il n’y avait pas une culture visuelle de la violence à l’égard des femmes, permettant aux uns d’être violents et aux autres de subir cette violence. Pour y répondre, j’ai voulu rechercher les fondements de notre culture visuelle de la violence à l’égard des femmes, en m’intéressant au cinéma des années 1930. Conformément aux règles de l’analyse juridique des images, c’est moins la violence comme fait social qui a retenu mon attention, que le traitement cinématographique de la violence, précisément parce qu’il nous renseigne sur la culture visuelle de la violence comme phénomène explicatif du fait social. Car au-delà du scénario, les images dispensent un discours autonome au point que parfois la mise en scène raconte une histoire parallèle au scénario. 

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Harmonie

 

La musicalité du droit (suite …)

Dans le cadre d’un programme « Sensible droit » (SENDRO), porté par Nathalie Delbard professeur en arts plastiques (CEAC de l’université de Lille) et Nathalie Goedert, historienne du droit (EMRJ de l’université de Corse) se tenait le 7 mai dernier, à l’auditorium de Pigna (Corse), une rencontre transdisciplinaire sur la musicalité du droit (Lien programme).La rencontre, soutenue par la Fondation de l’Université de Corse et le pôle « sciences participatives » de cette même université s’inscrivait également dans un partenariat avec le CNCM Voce de Pigna (Centre national de création musicale). C’est ainsi qu’au cœur d’un village dédié à la musique, dans un auditorium de terre crue, tout à la fois lieu de spectacle, de recherche et d’expérimentation, des juristes, des artistes, des philosophes choisissaient d’explorer le droit à partir des sons et des chants. Un compte rendu de ces échanges serait prématuré, tant le thème a ouvert des pistes diverses et encore inexplorées. Nous préférons ici, partager quelques propos échangés pour continuer, hors des murs, une conversation qui a rapidement pris la forme d’un chant à plusieurs voix et qui ouvre des voies mais pleine de promesses.

Nicole Casalonga, auteur compositeur et chercheuse, explore la puissance du geste vocal et nous offre un texte polyphonique qui, dans un ensemble stimulant, fait entrer en résonance non seulement les mots, les principes mais également les finalités de la musique et du droit pour penser un monde en harmonie.

La musicalité du droit ! Cette question, ô combien inattendue, me laissa interdite, je l’avoue. Mais l’idée infusant lentement, je me pris  au jeu et ce d’autant mieux que vous m’invitâtes à partager le temps de parole avec Christine Esclapez. J’en fus rassurée et honorée. Et je dois ma reconnaissance à Christine qui d’emblée me témoigna une bienveillante solidarité en préparant le terrain par son analyse de l’article « Sur la voie de la sociologie du droit. L’approche de droit et musique » de Maria Paola Mittica, que l’une comme l’autre à des kilomètres de distances, avions retenu.

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Résonances

 

Musicalité du droit (suite … )

Dans le cadre d’un programme « Sensible droit » (SENDRO), porté par Nathalie Delbard professeur en arts plastiques (CEAC de l’université de Lille) et Nathalie Goedert, historienne du droit (EMRJ de l’université de Corse) se tenait le 7 mai dernier, à l’auditorium de Pigna (Corse), une rencontre transdisciplinaire sur la musicalité du droit (Lien programme).La rencontre, soutenue par la Fondation de l’Université de Corse et le pôle « sciences participatives » de cette même université s’inscrivait également dans un partenariat avec le CNCM Voce de Pigna (Centre national de création musicale). C’est ainsi qu’au cœur d’un village dédié à la musique, dans un auditorium de terre crue, tout à la fois lieu de spectacle, de recherche et d’expérimentation, des juristes, des artistes, des philosophes choisissaient d’explorer le droit à partir des sons et des chants. Un compte rendu de ces échanges serait prématuré, tant le thème a ouvert des pistes diverses et encore inexplorées. Nous préférons ici, partager quelques propos échangés pour continuer, hors des murs, une conversation qui a rapidement pris la forme d’un chant à plusieurs voix et qui ouvre des voies mais pleine de promesses.

A travers la question déroutante de la musicalité du droit, Christine Esclapez, professeur en musique et musicologie à l’Université d’Aix-Marseille (PRISM) découvre et dessine les contours d’une musicologie du droit. 

Tout d’abord tous mes remerciements, pour votre invitation qui me permet de retrouver Pigna, et d’intervenir pour mon plus grand plaisir avec Nicole Casalonga autour de cette thématique bien énigmatique : « La musicalité du droit ».

Nous avons échangé à distance avec Nicole, avant de travailler ensemble hier après-midi. Nous avons construit nos contributions en résonance : l’une appelle l’autre ; l’une complète l’autre. Je vais dans un premier temps tenter de tracer quelques chemins et orientations. Je passerai ensuite la parole à Nicole qui prolongera de façon sensible et musicienne ces chemins de traverse.

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En lisant l’appel à projet de cette journée, j’ai été surprise de cette relation entre la musique (plus spécifiquement la musicalité) et le droit à laquelle je n’avais jamais encore été confrontée.

J’ai été surprise car il y avait comme un profond paradoxe à penser ces deux instances (musique et droit) qui me semblaient totalement opposées – en tout cas à première vue.

En effet, comme le soulignait déjà dans les années 1960, l’anthropologue et fervent mélomane Claude Lévy-Strauss, la musique est un « objet » bien paradoxal :

« Que la musique soit un langage, à la fois intelligible et intraduisible, fait de la musique elle-même le suprême mystère des sciences de l’homme, celui contre lequel elles butent et qui garde la clé de leur progrès. » (Le Cru et le Cuit, 1964, p. 26).

Á cette promesse à laquelle nous ne pouvons qu’adhérer que nous soyons musicologues ou musiciens, s’ajoutent cependant les mots troublants du philosophe Bernard Sève dans son ouvrage L’altération musicale ou ce que la musique apprend au philosophe  :

« Si la musique met mal à l’aise le philosophe, c’est qu’elle est fuyante, insaisissable, que sa rigueur n’est pas formalisable, que sa force est incompréhensible. Elle est louche et elle est vague ». (2002, p. 56)

Comment la musique (ou les musiques) pourraient-elle(s) avoir affaire au monde du juridique,  qui me semblait être exclusivement celui de la loi, du texte, ou du code ? Il y avait en effet comme un profond paradoxe à entremêler l’objet-musique (immatériel, évanescent, relevant d’une fondamentale oralité en ce qu’il ne prendre corps que dans le corps du musicien en résonance avec celui de l’instrument, lors de la performance, sur scène, face à un public) avec l’objet-droit que je réduisais imparfaitement à la gravure, au marbre, au dur, au lourd, à la contrainte, aux limites.

C’était sans connaître les récents développements des études en Théorie du droit, études que j’ai découvertes quand j’ai réalisé un (petit) état de l’art de la question.

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Quand le droit résonne

 

Dans le cadre d’un programme « Sensible droit » (SENDRO), porté par Nathalie Delbard professeur en arts plastiques (CEAC de l’université de Lille) et Nathalie Goedert, historienne du droit (EMRJ de l’université de Corse) se tenait le 7 mai dernier, à l’auditorium de Pigna (Corse), une rencontre transdisciplinaire sur la musicalité du droit (Retrouvez tous les renseignements sur la page web de l’EMRJ : ici).

La rencontre, soutenue par la Fondation de l’Université de Corse et le pôle « sciences participatives » de cette même université s’inscrivait également dans un partenariat avec le CNCM Voce de Pigna (Centre national de création musicale). C’est ainsi qu’au cœur d’un village dédié à la musique, dans un auditorium de terre crue, tout à la fois lieu de spectacle, de recherche et d’expérimentation, des juristes, des artistes, des philosophes choisissaient d’explorer le droit à partir des sons et des chants. Un compte rendu de ces échanges serait prématuré, tant le thème a ouvert des pistes diverses et encore inexplorées. Nous préférons ici, partager quelques propos échangés pour continuer, hors des murs, une conversation qui a rapidement pris la forme d’un chant à plusieurs voix et qui ouvre des voies.

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la musicalité du droit

 

Des chercheurs, des artistes explorent le droit à partir des sons et des chants

Quel rôle jouent les mots et les sons dans la création et la transmission de la culture juridique ? Comment renouer sensoriellement avec l’oralité du droit ? Sans doute en explorant sa musicalité.

Cette troisième rencontre du projet « Sensible droit » (SENDRO) vise à favoriser le dialogue entre chercheurs et artistes, autour d’œuvres musicales qui s’inspirent du droit, parlent de droit ou questionnent le droit. Elle s’organise en deux temps.

Un premier temps d’échange autour de deux œuvres musicales présentées par les artistes et qui donneront lieu à une discussion. Découvrir une œuvre sonore et écouter … Expérimenter dans les corps la dimension sensible de la voix, de la musique. Mieux comprendre, par un éclairage philosophique autant que par la pratique artistique, la part de la musicalité dans le « phénomène juridique ». Constater ce que cette perception apporte à la connaissance du juriste.

Un deuxième temps d’échange sur la place du droit dans les chants traditionnels ou contemporains de l’île. Musicologues, auteurs compositeurs et juristes travailleront de concert autour d’œuvres du patrimoine chanté insulaire, permettant un premier recensement et des premières pistes d’analyse. Les travaux pourront ultérieurement déboucher sur une recherche-création. La rencontre sera intégralement enregistrée par E Voce

Retrouvez tous les renseignements sur la page web de l’EMRJ : ici.

Pour télécharger le programme, cliquez ici. 

programme les objets et le droit

7 DÉCEMBRE

Musée de la Corse

Salle de convivialité

9h | Accueil par

Dominique Federici, président de l’Université de Corse

Graziella Luisi, directrice de la Fondation de l’Université de Corse

André Giudicelli, directeur de l’EMRJ,

Lisa Falconetti, responsable des collections du Musée de la Corse

9h20 | Introduction

Nathalie Goedert (EMRJ), historienne du droit, Université de Corse

9h30-10h00

Xavier Perrot, professeur d’histoire du droit, Université de Clermont-Ferrand

« Le droit des autres dans le patrimoine des autres. »

10h00-10h30

Nathalie Delbard, professeure en arts plastiques, Université de Lille

« Les objets de grève, du monde du travail au monde de l’art et inversement. »

10h30-11h00

Valérie Hayaert, historienne, École de droit de l’Université de Warwick

« Qu’est qu’une pierre d’infamie ? Hypothèses sur le cas de la petra d’infamia de

Corte. »

11h30-12h30 | Discussion

Marie-Eugénie Poli-Mordiconi, conservateur en chef honoraire, responsable

des collections au musée de la Corse

Vannina Bernard-Leoni, autrice

Toni Casalonga, artiste plasticien

14h30 | Assemblée des passeurs de savoirs

Modération : Liza Terrazzoni, socio-anthropologue

Avec Agnès Simonpietri, tisserande

Pantaleon Alessandri, ébéniste

Ghjacumina Aquaviva-Bosseur, anthropologue, enseignante de langue et

cultures corses

Discussion

Le projet « Sensible droit » (SENDRO) bénéficie d’un financement dans le

cadre de l’appel à projets « sciences participatives » 2023/2024 de l’Université

de Corse. Il s’inscrit dans les activités de la toute nouvelle chaire « Art et droit »

portée par l’EMRJ (Université de Corse) et la Fondation de l’Université de Corse.

Il est développé en partenariat avec le CEAC (Université de Lille).

Informations pratiques :

Contact : Jeanne Laleure-Lugrezi (EMRJ) – laleure_j@univ-corse.fr

Adresse : Musée de la Corse, La citadelle, 20 250 Corti

les objets et le droit

Des chercheurs, des artistes, des artisans explorent le droit à partir des objets

Rencontre atelier, le 7 décembre 2023 au musée de la Corse

Possibilité de suivre cette rencontre à distance

Certains objets de nos collections muséales rappellent un temps ou des lieux où l’objet pouvait être un agent juridique, au sens où il pouvait constituer le lien de droit, le créer, le renforcer ou encore a posteriori, rendre compte de l’existence du lien. En l’absence d’acte écrit, l’objet peut matérialiser l’engagement juridique. Notre mémoire a occulté cette portée juridique des objets, surtout quand ils sont conservés et montrés, au mieux pour leur caractère symbolique, mais plus souvent pour leur dimension esthétique. Une première rencontre-recherche doit nous permettre de porter un regard sur ces objets, de leur rendre leur signification juridique … de réfléchir aux catégories : objet d’art (?) objet de droit (?)

Dans une démarche exploratoire, la rencontre vise à organiser un dialogue entre juristes, responsables de collections muséales, anthropologues et utilisateurs d’objets afin d’une part d’identifier ces « objets de droit » dans nos collections, d’en préciser la définition, d’en dresser un inventaire. Elle se tiendra au Musée de la Corse, partenaire du projet.

 

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du projet « Sensible droit » (SENDRO) porté par l’ EMRJ de l’Université de Corse et le CEAC (Université de Lille).

Le projet est soutenu par la fondation de l’Université de Corse au titre de la claire « E-art et droit ». Il bénéficie en outre d’un financement dans le cadre de l’appel à projets « sciences participatives » 2023/2024 de l’Université de Corse.

 

Lien pour la visioconférence :

https://univ-lille-fr.zoom.us/j/91951454008?pwd=NWVWQWo2bmlIT0pwZVFZKzUreStjZz09

ID de réunion: 919 5145 4008

Code secret : 792904

Colomba “Hors la loi” : la vengeance

 

Conversation artistico-juridique à propos du téléfilm d’Ange Casta Colomba (1967)

(Deuxième partie)

Toni Casalonga (artiste-plasticien)
et
Nathalie Goedert (historienne du droit)

Orales, répétées, immémoriales et territoriales, revêtues de l’opinio necessitatis, les règles relatives à la vengeance participent sans aucun doute du droit coutumier. Contrairement à Mérimée qui sous couvert de romanesque accuse et méprise des usages surannés, c’est en la replaçant dans le cadre du droit coutumier qu’Ange Casta interroge la légitimité de la vengeance, rappelant qu’elle fut, en son temps, un mode légitime de règlement des conflits.

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“Colomba” : l’ode à la coutume d’Ange Casta


Conversation artistico-juridique

à propos du téléfilm d’Ange Casta Colomba (1967)

Toni Casalonga (artiste-plasticien)
et
Nathalie Goedert (historienne du droit)

 

Le 17 juin 2021 se tenait à Pigna, accueilli par l’association E Voce, un atelier exploratoire organisé à l’initiative de l’Equipe méditerranéenne de recherche juridique (EMRJ- Université de Corse) et soutenu par la Fondation de cette même université. Il réunissait artistes, chercheurs de plusieurs disciplines (droit, littérature, sociologie) et juristes praticiens. L’objet de cette rencontre était non seulement d’explorer ensemble un thème d’actualité qui semblait pouvoir réunir les préoccupations des artistes et celles des juristes : la Nécessité,  mais surtout d’expérimenter de nouvelles méthodologies de recherche par l’hybridation des savoirs. Parmi les objectifs de l’atelier s’exprimaient la « nécessité » de trouver un langage commun, le désir de diversifier ses matériaux de travail, le défi de modifier ses pratiques professionnelles. L’entreprise était risquée tant droit et art semblent antinomiques ; et pourtant artistes et juristes sont à leur manière des décodeurs et des inventeurs du monde. Les uns construisent l’armature juridique de la société à partir de la représentation que cette dernière se fait d’elle même ; les autres donnent à voir des mondes réels et/ou imaginaires. Il y a dans le droit une vision du monde que les artistes peuvent révéler. Instaurer un dialogue fécond entre artistes et juristes pour produire de nouvelles connaissances et de nouvelles manières de les transmettre, intégrer le sensible et le perceptible dans le juridique, tel était l’enjeu de ce premier atelier.

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Le jardin- ghetto de Vittorio de sica

 

Ce billet correspond à la version abrégée de la communication faite lors du colloque Droit(s) et jardin, de l’humain à l’universel, organisé par l’Université Paris 13, qui s’est tenu à la BNF le 15 novembre 2019 et dont la version complète sera prochainement publiée. 

Le jardin est à la mode. Mais l’art n’a pas attendu pour penser le végétal. Le jardin est ainsi fréquemment représenté non seulement pour sa dimension esthétique mais aussi pour sa puissance métaphorique. Au cinéma, le jardin, est rarement un décor. Qu’il soit reflet des relations sociales (relations de voisinage ou des classes), cristallisation des usages patrimoniaux, univers d’un jardinier souvent philosophe ou encore jardin planète qui interroge le droit de l’environnement, il est une représentation du monde.

C’est précisément l’option de Vittorio de Sica quand il entreprend en 1970, d’adapter le roman autobiographique de Giorgio Bassani (1962) : « le jardin des Finzi-Contini »

Ce roman, écrit en hommage à Micol, jeune fille d’une famille aristocratique juive de Ferrare qui périra en déportation, évoque les années de l’ascension du fascisme en Italie, entre 1930 et 1943, avec la nostalgie d’une enfance perdue. Car, en marge de l’agitation du monde, le jardin de la propriété des Finzi-Contini, dont les portes s’ouvrent à Giorgio sous la pression des lois raciales, est le lieu béni et cruel qui offre à ce dernier ses premiers émois amoureux et ses premières désillusions, aussi. Inventeur avec Zavattini d’un néoréalisme dans lequel la précision du constat social n’interdit ni l’onirisme ni le romantisme, De Sica s’empare de ce lieu mythique, de ce jardin initiatique, non pas pour rendre compte d’un état de conscience intérieure, mais bien plus pour interroger un état de conscience collective. A la différence de Giorgio, l’auteur et narrateur qui se remémore cette période avec sentimentalisme, Vittorio De Sica était déjà adulte au moment où se déroulaient les faits relatés. L’avant guerre, l’Italie fasciste, ne présentent sans doute pas pour lui la même poésie et ne sauraient susciter la même nostalgie. Il entend au contraire, grâce à sa caméra et avec une grande rigueur documentaire, élargir le cadre de l’histoire intime de Giorgio pour explorer, bien plus que ne le fait le roman mais sans le trahir toutefois, une page sombre de l’Histoire italienne, à savoir la lente et inexorable montée du fascisme jusqu’à la participation de l’Italie mussolinienne à la déportation des juifs. Et c’est un jardin qu’il choisit pour évoquer les camps. Comme la fenêtre dans les tableaux des peintres flamands du XVe siècle, le jardin fournit au réalisme du réalisateur, non seulement une source d’inspiration esthétique mais surtout une puissante métaphore. Tout à la fois réel et symbolique, cet espace met l’invisible à portée du regard. Vittorio de Sica produit ainsi l’un des films les plus pudiques sur la persécution des juifs au cours de la seconde guerre mondiale. L’un des plus inattendus aussi. Car contrairement aux attentes convenues, le jardin ne soutiendra pas une opposition classique entre l’Eden et l’Enfer, il ne symbolisera pas un espace préservé de la cruauté du monde. Plus subtilement, en réglant sa focale sur les lois raciales et leurs effets – lois  qui n’apparaissaient qu’en toile de fond dans le roman mais qui, pour le réalisateur sont déterminantes-, Vittorio de Sica s’attache, à partir d’un lieu clos et des interactions qu’il produit entre norme juridique et pratique sociale, à comprendre, voire expliquer, le drame qui couve. Du fait même de l’existence des lois raciales, le vert paradis des amours enfantines de l’univers bassanien, se transforme, sous l’œil du réalisateur, en ghetto. Un ghetto dont il décline toutes les composantes: spatiale, sociologique, symbolique, politique. Continuer la lecture de Le jardin- ghetto de Vittorio de sica →

Le bonheur aux Assises ! La Vérité d’Henri-Georges Clouzot (2e partie) 

Ce billet est une version abrégée (mais illustrée !) de la seconde partie de la communication "Le bonheur en procès", faite dans le cadre de la journée d'études "Les lieux du bonheur, approches littéraires", organisée par le Centre Jean Bodin de l'Université d'Angers, qui s'est tenue à la Maison des Sciences de l'Homme de Nantes les 24 et 25 octobre 2019, et dont les actes seront prochainement publiés. Il fait suite au billet "Le prétoire espace de création artistique : La vérité d'Henri-Georges Clouzot)

Le bonheur ou l’idée que l’on s’en fait a t-il sa place dans l’enceinte du tribunal et plus spécifiquement dans le procès d’assises ? L’intensité du drame provoqué par le crime n’est-elle pas, paradoxalement, en partie liée au bonheur brutalement confisqué ? S’il est rare de croiser des gens heureux au prétoire, l’argument du bonheur, bonheur espéré, bonheur empêché, bonheur brisé, s’invite-il néanmoins à l’audience comme facteur explicatif du geste criminel ou mesure d’évaluation de la peine ? La question peut assurément s’étudier à partir des films de procès.

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Le prétoire, espace de création artistique – “La vérité” d’Henri-Georges Clouzot

Ce billet est une version abrégée (mais illustrée !) de la première partie de la communication “Le bonheur en procès”, faite dans le cadre de la journée d’études “Les lieux du bonheur, approches littéraires”, organisé par le Centre Jean Bodin de l’Université d’Angers, qui s’est tenu à la Maison des Sciences de l’Homme de Nantes les 24 et 25 octobre 2019, et dont les actes seront prochainement publiés.

Les films de prétoire -genre initié par André Cayatte dans les années 1950- dont l’intrigue s’articule essentiellement autour d’un procès inventé dont on suit les étapes, visent à rendre compte de la complexité de l’acte de juger au moyen d’une fiction qui se veut néanmoins représentation fidèle de la réalité. Ils sont, d’autant plus  à partir de 1954, date à laquelle la loi française interdit de filmer les audiences, un vecteur de connaissance d’un monde judiciaire devenu plus confidentiel. L’analyse filmique permet alors de saisir, par le biais de la représentation qu’en donnent les artistes, une facette des rapports qu’une société entretient avec sa Justice. Au cinéma, la fiction judiciaire, agit tel un laboratoire ; elle nous offre un observatoire de l’institution judiciaire, de ses mécanismes, de ses usages autant que des concepts philosophiques qu’elle tient pour référents. Continuer la lecture de Le prétoire, espace de création artistique – “La vérité” d’Henri-Georges Clouzot →

Dame Justice au cinéma. (3e partie)

DITE OU LE JUGE AMOUREUX DE LA JUSTICE

L’Hermine de Christian Vincent, film pourtant récent, s’inscrit dans un mouvement que l’on croyait révolu et qu’André Cayatte avait initié dans les années cinquante, celui du film de prétoire à caractère pédagogique. Pour écrire son scénario, le réalisateur a soigneusement enquêté auprès des tribunaux et s’est même inspiré d’un modèle existant, le juge Olivier Leuvens, qui a été président de cour d’assises. Il s’est par ailleurs entouré de conseillers issus du monde judiciaire, afin d’être au plus près de la vérité. Pour évoquer toute la complexité de l’acte de juger, Christian Vincent dresse le portrait d’un président de cour d’assises, le juge Racine, incarné par Fabrice Lucchini, juge inflexible mais homme sensible. L’humanité du juge relève presque du cliché, puisque Christian Vincent choisi de l’illustrer par le sentiment amoureux qu’il éprouve pour Dite, une femme médecin que le sort a désignée comme jurée. En parallèle du procès dont on suit toutes les étapes, une histoire d’amour se tisse et se raconte, dans un quotidien des plus banals. Contrairement à Cayatte, ou encore Clouzot, qui souvent laissaient subtilement parler les images, le discours pédagogique est ici presque entièrement circonscrit aux dialogues. Réaliste et didactique, ce film semble s’adresser plus à la raison qu’à l’imagination. Pourtant, à la toute fin du film, le réalisateur cède à la tentation allégorique. L’interprétation en ce sens des dernières images repose à la fois sur une verbalisation très explicite, qui nous l’avons dit est le mode d’expression privilégié du réalisateur, et sur l’ensemble des indices posés préalablement au cours du film. Continuer la lecture de Dame Justice au cinéma. (3e partie) →

Dame Justice au cinéma (2e partie)

Si l’allégorie a pu aisément prendre place dans l’univers fantastique d’Ettore Scola (voir la première partie de cette étude consacrée aux allégories de justice au cinéma ), on la retrouve aussi dans l’espace onirique que dessine Abderrahmane Sissako dans son film Bamako (2007). Mais à la puissance de l’imaginaire qui permet tous les excès, Abderrahmane Sissako préfère la suggestion discrète, qui libère l’interprétation des symboles tout en en conservant l’entier mystère.

MELE : L’ALLEGORIE D’UNE JUSTICE AFRICAINE.

 Dans ce film, Abderrahmane Sissako met en scène le procès de la Banque mondiale. Il s’agit d’un procès qui n’a jamais eu lieu, un procès inventé de toute pièce. Et c’est précisément parce que l’univers onirique de Sissako est sans limite qu’il choisit d’en confier le jeu à des professionnels de la justice. C’est à ma connaissance le premier réalisateur qui décide de faire jouer des juges et avocats professionnels. Ainsi, dans cette cour où se tient ce très improbable procès, fiction et réalité s’entremêlent dans une alchimie dont ce réalisateur a le secret. Pour le réalisateur, le procès n’est qu’un artifice de mise en scène et ne constitue pas contrairement à ce que le public en retiendra, le cœur du film. Le film est en effet construit autour de trois fictions qui s’entremêlent et se répondent, et qui chacune entend présenter une facette du discours : le procès, le western, le drame conjugal. Ces trois histoires parallèles ont pour cadre la cour d’une habitation collective dans un village malien. Initialement le film aurait du s’appeler « La Cour ». Il y avait dans ce terme, moins vendeur certes que l’exotisme de la capitale malienne, un double sens, puisque non seulement Abderrahmane Sissako filmait un procès, mais le tribunal se tenait dans la cour de sa maison d’enfance. C’est dans cette cour qu’habitent Melé et son mari, que les difficultés de leur existence finissent par séparer. Lui est chômeur tandis que Melé gagne l’argent du ménage en chantant le soir dans une boîte de nuit. Avant même le générique, dans les deux premières minutes du film, alors qu’on ne sait pas encore de quoi il sera question, ni quel personnage elle incarne, Melé apparaît à l’écran.

Invité sans doute à cette interprétation par l’image fugitive d’un tribunal à ciel ouvert, on ne peut s’empêcher de voir dans cette apparition « la déesse familière et énigmatique …» qui siège au coeur du temple de la justice, telle que l’évoque Robert Jacob dans ses travaux sur l’image de la justice : « Au cœur du temple figure l’image dernière, celle qui rassemble, syncrétise et transcende toutes les autres. L’image de la Justice par excellence. La déesse familière et énigmatique … ». Le port altier, le regard profond, déesse aux pieds nus dans un temple de terre battue, elle ordonne avec aisance et se fait servir, indifférente, à cette assistance composite qui semble attendre. Sans glaive ni balance, c’est par sa présence énigmatique que l’on reconnaît ici en Melé une évocation de la justice. Continuer la lecture de Dame Justice au cinéma (2e partie) →